Au volant à 15 ans : les voitures sans permis, angle mort de la sécurité routière
Un cycliste de 78 ans est mort en Savoie, percuté par une voiture sans permis conduite par un jeune de 15 ans. Blâmer les ados est facile ; la faille est peut-être dans l'encadrement.
Photo : Friedrich Haag / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
Comment un adolescent de 15 ans peut-il se retrouver au volant d'une voiture qui, sur le papier, existe justement pour qu'on puisse conduire sans permis ? C'est la question dérangeante que soulève la mort d'un cycliste de 78 ans en Savoie, et elle mérite mieux que le réflexe habituel de la condamnation morale.
Les faits sont minces, donc le débat porte sur le système
Selon Le Dauphiné Libéré, repris par les DNA, l'homme roulait avec des proches jeudi après-midi à Villaroux lorsqu'une voiture sans permis l'a percuté. Il est mort sur place. La conductrice avait 15 ans, trois autres mineures se trouvaient à bord, et les jeunes filles ont pris la fuite en laissant la voiture sur la route. L'une s'est présentée d'elle-même le lendemain, les autres ont été interpellées, et une enquête est ouverte pour déterminer les circonstances exactes.
Ces circonstances comptent, et il ne faut pas les devancer. Les comptes rendus publiés jusqu'ici ne disent rien du propriétaire du véhicule, de la façon dont l'adolescente a obtenu les clés, de la vitesse à laquelle elle roulait ni des caractéristiques de la voiture. Ce qui suit est donc une opinion sur un système, pas un verdict sur cette affaire.
L'étiquette « sans permis » en fait beaucoup trop
L'expression voiture sans permis transmet au public un message dangereusement simple: pas de permis requis, donc pas de vraie barrière. En pratique, il semble exister un décalage entre ce que la catégorie laisse entendre et ce qu'elle exige. Une voiture que n'importe qui peut être tenté de prendre pour un jouet reste un véhicule capable de coincer un adulte sous sa carrosserie, comme l'un des articles décrit la position du cycliste.
Le cœur du problème, à notre avis, est l'écart entre le véhicule et son image sociale. Personne ne confond une moto avec un vélo; beaucoup confondent une voiturette avec un scooter à quatre roues. Quand le ticket d'entrée est bas, la surveillance qui l'entoure doit être plus forte, pas plus faible. Cela suppose d'être très attentif à l'accès aux clés et à la question de savoir si un véhicule de cette classe est parfois conduit par quelqu'un qui n'a pas l'âge minimal. Nous ne prétendrons pas énoncer ici l'âge légal exact, puisque les articles ne le font pas. Mais une jeune de 15 ans au volant avec trois passagères laisse penser que, quelle que soit la règle, elle n'a pas constitué un obstacle sérieux ce jour-là.
Accuser les ados, c'est la partie facile
La fuite après l'accident est indéfendable, et la justice s'en saisira. Mais si l'on s'arrête là, on n'apprend rien. Les adolescents testeront toujours les limites; la vraie question de politique publique est de savoir pourquoi celle-ci paraît si facile à franchir.
L'histoire offre un contraste utile. Comme le raconte Sciencepost, le Sinclair C5 avait été conçu autour d'une règle britannique permettant à un jeune de 14 ans de conduire un petit tricycle électrique limité à environ 24 km/h, sans permis, sans assurance ni casque. Il a fait un flop commercial en quelques mois. La leçon n'est pas que le C5 était dangereux; c'est que les autorités ont longtemps tracé la frontière de la mobilité sans permis selon la vitesse et la puissance, la personne aux commandes passant au second plan. À notre avis, cette logique vieillit mal sur des routes partagées avec des cyclistes et des personnes âgées.
Ce que nous ferions concrètement
Premièrement, rendre l'accès traçable: des contrôles plus stricts sur les personnes autorisées à conduire ces véhicules, avec une application réelle des règles plutôt qu'une confiance fondée sur l'honneur. Deuxièmement, revoir les normes applicables à la catégorie: un véhicule qui partage la route avec des usagers non protégés devrait répondre à un niveau de sécurité à la hauteur de cette réalité. Troisièmement, veiller à ce que « sans permis » ne soit jamais compris comme « sans formation ». Quelle que soit l'exigence actuelle, nous pensons qu'un court stage, réellement imposé, changerait le regard des familles et des jeunes sur ces engins.
Rien de tout cela ne ramènera le cycliste de Villaroux. Mais si le seul résultat est quelques interpellations et une semaine d'indignation, nous aurons probablement la même discussion après le prochain accident. La catégorie n'est pas le coupable; c'est le haussement d'épaules qui l'entoure.
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