Pneus hiver : la loi Montagne revient demain, mais toujours sans amende
La loi Montagne est sensée pour la sécurité, mais une règle à l'équipement clair, à la signalisation floue et sans amende applicable relève du jeu de devinettes. Paris doit corriger cela.
Photo : Pava / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0 it)
Que vaut une obligation légale si personne ne peut être verbalisé pour l'avoir enfreinte ? La France s'apprête à le découvrir pour le sixième hiver consécutif. À partir de demain, 1er novembre, la loi Montagne remet en vigueur les règles d'équipement hivernal sur les routes de montagne, et le résumé honnête pour les automobilistes tient en une phrase: la règle est claire, la carte est floue et la sanction est un fantôme.
La règle est simple. Tout ce qui l'entoure l'est moins
Comme le rapporte La Dépêche, l'obligation court du 1er novembre au 31 mars 2027 dans 34 départements de montagne des Alpes, des Pyrénées, du Jura, des Vosges et du Massif central. Les conducteurs doivent soit avoir quatre pneus marqués 3PMSF (le symbole de la montagne et du flocon), soit transporter des chaînes ou des chaussettes à neige pouvant équiper au moins deux roues motrices. Les pneus marqués uniquement « M+S » ne sont plus acceptés.
C'est la partie facile. Le plus difficile est de savoir où la règle s'applique. Les préfets décident par arrêté des communes et des routes concernées: figurer sur la liste, pour un département, ne signifie donc pas que toutes ses routes le sont. Caradisiac souligne que les tronçons concernés sont signalés par des panneaux B58 et B59, et que, dans un même territoire, seules certaines routes peuvent être visées. Seuls quatre départements sont couverts en totalité, dont la Savoie et la Haute-Savoie. Autre subtilité: l'obligation s'applique même sur route sèche et dégagée, sans neige annoncée, selon 20minutes.
À notre avis, cela fait beaucoup de devoirs pour qui traverse la région depuis la Normandie lors d'un week-end au ski.
Une règle sans amende, c'est une suggestion avec de la paperasse
Voici le point gênant. Dans une réponse au Sénat datée du 12 février 2026, le ministère de l'Intérieur indiquait que le décret d'application relatif aux sanctions n'était toujours pas publié. Ne pas avoir l'équipement ne constitue donc pas, sur cette seule base, une infraction verbalisable. Caradisiac dit la même chose: aucune amende n'est prévue pour l'instant. Plusieurs guides citent même un montant de 135 € qui reste inapplicable, ce qui en dit long sur le flou du sujet. Nous traiterions ce chiffre avec prudence.
Il existe une vraie sanction. Un panneau B26 sur une route enneigée peut exiger que les chaînes soient effectivement montées, et non simplement transportées, et l'ignorer peut coûter jusqu'à 150 euros, selon La Dépêche. Mais il s'agit d'un autre mécanisme, qui ne vaut que sur une route enneigée dotée de ce panneau.
Nous pensons que cet entre-deux cumule les inconvénients. Les automobilistes respectueux de la loi dépensent de l'argent et sacrifient de la place dans le coffre; tous les autres parient qu'il ne se passera rien. Pourtant, l'objectif affiché de la loi est de réduire les accidents et les blocages causés par la neige et le verglas. Un col bloqué se moque de savoir si le conducteur était, techniquement, impunissable. Qu'on publie le décret ou qu'on abandonne les faux-semblants: l'un comme l'autre serait plus honnête que six hivers de flou.
Le marché a déjà voté, et il a choisi la facilité
La donnée la plus intéressante n'est pas juridique, mais commerciale. D'après les chiffres du Syndicat du pneu relayés par Vulco, 8,6 millions de pneus toutes saisons ont été vendus en France entre août 2025 et août 2026, contre 7,8 millions de pneus été. Caradisiac ajoute que les toutes saisons représentaient 4 % du marché des voitures particulières il y a dix ans, contre 46 % aujourd'hui.
Nous y voyons la preuve que les automobilistes veulent un seul jeu de pneus et pas d'histoires. Et c'est un choix raisonnable: Vulco lui-même explique qu'un pneu toutes saisons 3PMSF satisfait à la loi et convient à la plupart des clients qui roulent en plaine et ne montent qu'occasionnellement en montagne. Pour ceux qui vivent ou travaillent en altitude, précise-t-il, un pneu hiver dédié conserve l'avantage sur la neige épaisse et la glace. Cette réserve compte, et c'est celle que le débat juridique a tendance à oublier: être en règle et avoir de l'adhérence, ce n'est pas la même chose.
Pour les autres, la solution de secours est bon marché. Caradisiac situe de bonnes chaussettes à neige autour de 70 € et les chaînes autour de cent euros, et prévient que toutes les voitures ne peuvent pas recevoir de chaînes. Vérifiez-le avant votre premier trajet, pas au bord de la route.
Notre verdict
Gardons la règle: elle est sensée. Mais l'État doit trois choses aux automobilistes: une carte nationale unique et lisible des routes concernées, une signalisation qui indique dès l'entrée ce qui est exigé, et une sanction qui existe réellement. D'ici là, notre conseil est simple: si vous empruntez un département de montagne d'ici mars, achetez des pneus 3PMSF ou mettez des chaussettes à neige dans le coffre, et ne faites pas de l'absence d'amende votre plan de sécurité. La neige, elle, ne lit pas les réponses du Sénat.
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