Code de la route
Rédaction Drivesfera
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« Ça ne m'empêche pas de dormir » : ce qu'il ne faut pas dire aux automobilistes à la pompe

La phrase du ministre de l'Économie sur les taxes était maladroite, mais le vrai échec est ailleurs : les automobilistes sans alternative électrique n'ont toujours pas de plan clair sur les prix.

Publié
29 octobre 2026
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Existe-t-il pire phrase à lancer à quelqu'un qui fixe une pompe à gazole affichant plus de 2,35 € le litre ? Probablement pas, et c'est à peu près ce qu'a fait cette semaine le ministre français de l'Économie.

Le mercredi 28 octobre, devant une Assemblée nationale clairsemée, Roland Lescure a déclaré: « Ce n'est pas une taxe qui m'empêche de dormir, je sais qu'elle en empêche d'autres, mais moi, elle ne m'empêche pas de dormir, elle sert à financer plein d'infrastructures, ça va. » Comme le rapporte Capital, il venait de reconnaître que les prix des carburants en France dépassent la moyenne européenne parce que la France taxe davantage. Marine Le Pen a dénoncé un « mépris insupportable ». La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a concédé que la formule était « peut-être maladroite dans la forme ».

La gaffe est un symptôme, pas la maladie

Les responsables politiques disent sans arrêt des choses maladroites. Celle-ci a marqué les esprits parce qu'elle a confirmé un soupçon: ceux qui définissent la politique des carburants n'en ressentent pas le coût. Maud Bregeon a défendu la formule en passant au fond, et ce fond mérite d'être examiné. Le gouvernement débloque 10 millions de barils de gazole issus des réserves stratégiques, dans l'espoir d'une baisse de 12 à 18 centimes par litre. Selon 20 Minutes, une baisse visible est attendue à partir du dimanche 1er novembre, et les stations devront afficher clairement la réduction.

C'est une vraie mesure, et mieux vaut cela que rien. Mais regardons ce dont il s'agit: une mesure temporaire, valable jusqu'à fin janvier, et limitée au gazole, pas à l'essence. C'est un pansement d'urgence. Un automobiliste qui fait de longs trajets quotidiens ne peut pas bâtir un budget familial sur un pansement.

Rassurer n'est pas un plan, et défendre une taxe suppose d'indiquer où l'on va

L'argument de Roland Lescure, selon lequel les taxes sur les carburants financent les infrastructures, n'est pas absurde. Les routes coûtent de l'argent. Le problème, c'est ce que sa phrase passe sous silence: ce que l'automobiliste est censé faire. Dans les grandes villes, la réponse à des prix élevés à la pompe peut être une voiture électrique moins chère ou un abonnement de train. Pour ceux qui roulent beaucoup faute d'alternative, cette réponse relève du fantasme. Ce sont précisément les personnes que, selon Maud Bregeon, l'aide cible: 5,5 millions de Français éligibles, à faibles revenus, qui roulent beaucoup.

Cibler les aides est le bon réflexe. Mais un message du type « nous savons que c'est douloureux, voici le calendrier et voici quand les taxes ou les aides changeront » vaut toujours mieux qu'un haussement d'épaules. À notre avis, le gouvernement a fait un cadeau au Rassemblement national. Sa promesse de baisses d'impôts massives, dont une TVA à 5,5 %, est jugée par le gouvernement financièrement intenable. C'est peut-être vrai. Mais « intenable » fait un slogan plus faible que « nous le ressentons aussi, et voici le plan ».

Les bénéfices record rendent le haussement d'épaules plus difficile à défendre

Le moment est cruel. Toujours jeudi, Sud Ouest a rapporté que TotalEnergies avait enregistré un bénéfice net record de 8,3 milliards de dollars au troisième trimestre, soit plus du double d'un an plus tôt. Le groupe plafonne le gazole à 2,25 € le litre dans ses stations. Selon le même article, des propos tenus devant des investisseurs prévoient que les marges de raffinage européennes devraient rester plutôt bonnes au premier semestre 2027, ce qui laisse penser, même s'il ne s'agit que d'une prévision, qu'aucun soulagement rapide n'est à attendre de ce côté.

Mettez ces faits en regard d'un ministre qui dort très bien, et le scénario politique s'écrit tout seul. Les appels à taxer les « superprofits » sont de retour. Savoir si c'est une bonne politique se discute, et nous ne prétendrons pas qu'une taxe sur les profits exceptionnels règle quoi que ce soit à elle seule. Mais demander à un géant pétrolier très rentable d'être « exemplaire » tout en défendant la part que prélève l'État, voilà un exercice d'image difficile à gagner.

Notre verdict

La remarque du ministre sur la taxe était maladroite, mais la vraie erreur est stratégique. Les automobilistes sans alternative électrique ne réclament pas de l'empathie. Ils réclament une trajectoire: combien de temps durera le déstockage de gazole, ce qui se passera après janvier, et si la part de l'État dans la fiscalité bougera le moins du monde. Si la baisse de prix du 1er novembre est visible à la pompe, le gouvernement marque un petit point. Sinon, la formule sur le sommeil restera comme le moment où le débat a été perdu. Notre conseil à Bercy: cessez d'expliquer pourquoi les taxes sont acceptables, et publiez enfin un plan que les automobilistes pourront lire à la pompe.

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