Le leasing social cale en France : il n'est plus une bonne affaire pour les constructeurs
Le dispositif ratera sans doute les 50 000 voitures visées : Renault et Stellantis préfèrent des clients plus rentables. Les ménages modestes ont besoin d'une meilleure équation, pas de slogans.
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Voici l'ironie dérangeante du leasing social électrique en France: le dispositif ne cale pas parce que personne ne veut de voitures électriques. Il cale parce que tout le monde en veut, et que les constructeurs, selon notre lecture, ont remarqué que les ménages modestes sont des clients moins rentables que ceux qui poussent la porte des concessions.
Les chiffres sont simples. La troisième édition du programme, lancée le 16 juillet, vise à mettre 50 000 ménages modestes au volant d'une voiture électrique neuve pour moins de 200 euros par mois, sur au moins trois ans et 15 000 km par an. Selon franceinfo, 39 000 commandes avaient été enregistrées au 28 octobre, et plus aucune Renault, Peugeot ou Fiat n'est disponible. Il ne reste que cinq modèles. 20 Minutes, citant Les Échos, indique que le total devrait plafonner autour de 40 000 véhicules.
Les constructeurs ne sabotent pas le dispositif, ils suivent l'argent
Le contexte compte. En septembre, plus de 65 000 voitures électriques neuves ont été immatriculées en France, soit plus de 40 % du marché, avec un gazole à 2,40 euros le litre, selon la même source. Celle-ci précise aussi que Renault et Stellantis privilégient les ventes ou les locations aux clients particuliers et aux entreprises, un marché plus rentable. Quand les usines tournent à plein régime, une voiture affectée à un leasing subventionné est une voiture qui n'est pas vendue ailleurs. Renault évoque une interruption temporaire liée à des capacités de production épuisées pour la Twingo, la R5 et la R4, et ne dit pas combien de voitures il a fournies. Stellantis affirme en avoir livré un peu plus de 25 000.
Nous ne pensons pas qu'il s'agisse de malveillance. Cela ressemble à de l'arithmétique. Nous soupçonnons que le dispositif a été conçu en supposant que les constructeurs accueilleraient avec plaisir des volumes garantis. Or la demande est de toute façon forte: l'État leur demande en pratique de renoncer à des clients plus rémunérateurs pour un loyer plafonné sous 200 euros. C'est une demande, pas une incitation.
L'État a calibré le dispositif pour un marché qui n'existe plus
Le gouvernement a mobilisé 401 millions d'euros pour au moins 50 000 ménages, d'après mondial.paris. Quels que soient les mérites de cette enveloppe, elle ne fonctionne que si les constructeurs y voient une affaire rentable. Notre lecture: l'aide a été calibrée pour une période de surabondance, et n'a pas été recalibrée pour une période de pénurie.
Il y a aussi un coût en crédibilité. Deux semaines après le lancement, 19 500 voitures avaient été commandées, et début septembre le cap des 30 000 était franchi. La demande était réelle et immédiate. Dire à des ménages modestes que les voitures pour lesquelles ils ont fait la queue sont épuisées est, à notre avis, le pire résultat possible pour une politique dont l'objectif affiché est de réduire la dépendance de la France aux carburants fossiles importés.
Pour réparer, il faut payer la rareté
Les slogans sur une voiture électrique pour tous n'y suffiront pas. Trois mesures pourraient y contribuer; ce sont nos propositions, et non des éléments issus des sources citées:
- Payer la rareté. Si les créneaux de production sont le goulot d'étranglement, l'aide par voiture doit dépasser la marge réalisée sur l'autre vente. Sinon, le dispositif perd à chaque fois que les capacités sont tendues.
- Lier les volumes à des obligations. On pourrait attendre des constructeurs qui bénéficient d'un soutien public en période favorable qu'ils réservent une part de leur production au programme, avec un suivi transparent. Le refus de Renault de divulguer ses chiffres est difficile à défendre.
- Publier les stocks en temps réel. Les ménages devraient savoir ce qui est disponible avant de déposer leur dossier, et non le découvrir après.
Une bonne idée rattrapée par son propre succès
Le leasing social est une bonne idée rattrapée par le succès du marché. Il serait facile d'incriminer les constructeurs, et certaines critiques sont justifiées, mais un programme qui dépend d'entreprises agissant contre leur intérêt à court terme souffre d'un défaut de conception. Si Paris veut qu'une quatrième édition tienne ses promesses, il doit cesser de compter sur la bonne volonté et proposer un prix qui rende un leasing à 200 euros intéressant à produire. D'ici là, attendez-vous à ce qu'environ 40 000 ménages reçoivent la promesse, et 10 000 un communiqué de presse.
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