Électriques et hybrides
Rédaction Drivesfera
Électriques et hybrides

Les 41 % de VE en France : l'effet carburant, pas une victoire politique

Avec 41 % de voitures électriques et 1 % de diesel en octobre, la France croit tenir un succès politique. Nous pensons que le prix à la pompe fait l'essentiel du travail. Le vrai test viendra quand le carburant baissera.

Publié
1 novembre 2026
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Sur 100 voitures neuves immatriculées en France le mois dernier, 41 étaient électriques et une seule était diesel. Si on vous l'avait dit il y a cinq ans, on vous aurait demandé ce que vous aviez fumé. La question la plus intéressante est ailleurs: à qui revient le mérite, et la tendance survivra-t-elle quand sa cause aura disparu ?

Selon le Journal de l'Automobile, la France a immatriculé 149 341 voitures neuves en octobre, soit une hausse de 7 %. Les véhicules électriques progressent de 81,7 % à 61 958 unités, soit une part de 41,5 %. Renault est de loin le premier vendeur de VE, avec 14 610 unités (+69,6 %), qui représentent 56,3 % de ses immatriculations mensuelles. Clubic évalue la part du diesel à seulement 1 %, et le titre de BFMTV indique que Tesla bondit de 35 %.

Marie-Laure Nivot, analyste chez AAA DATA, explique qu'en un an la part de l'électrique est passée de 24 % à 41 %, ce qu'elle décrit comme « l'accélération de la transition vers l'électrique ». De son côté, Libération relie directement ce sommet à des prix des carburants qui restent à leurs plus hauts niveaux.

Le prix du carburant, meilleur vendeur que l'Europe ait trouvé

Passer de 24 % à 41 % en douze mois ne ressemble pas à une trajectoire réglementaire. La réglementation avance par paliers, et les acheteurs y réagissent lentement. Un bond aussi rapide ressemble à un signal de prix. Le cadrage de Libération va dans le même sens, et nous aussi: quand faire le plein fait mal chaque semaine, une voiture sans réservoir à remplir mérite qu'on s'y intéresse.

Le contexte du marché le confirme. Selon evstats.org, les voitures 100 % électriques représentaient 29,4 % des immatriculations neuves dans les 15 pays déclarants en septembre 2026. Les mois diffèrent, la comparaison n'est donc pas parfaite, mais la France semble devancer ce peloton. La documentation n'en donne pas la raison précise. Notre lecture: les acheteurs français réagissent plus fortement que leurs voisins aux prix à la pompe, mais il s'agit d'une interprétation, pas d'un constat démontré.

Les sources dont nous disposons disent aussi peu de chose sur les offres de location ou sur le montant des aides de l'État. Nous soupçonnons que les deux comptent, puisque la mensualité est la façon dont la plupart des particuliers vivent réellement l'achat d'une voiture, mais nous ne pouvons pas le chiffrer ici. Un indice voisin: auto-infos titre sur une hausse de 18 % des ventes aux particuliers. Le titre ne précise pas la part de l'électrique, mais c'est au moins le signe que le marché ne repose pas uniquement sur les commandes de flottes.

La chute de Dacia, chiffre le plus parlant du communiqué

Regardons aussi les perdants. Stellantis ne progresse que de 2,8 %, à 36 901 voitures, sans gagner de part de marché. Le groupe Renault recule de 4,1 %, à 34 730, car Dacia chute de 23,8 % et les gains de Renault (+4,2 %) et d'Alpine (+19,7 %) n'y suffisent pas. À notre avis, ce chiffre de Dacia est le détail à surveiller. La marque à petit prix perd du terrain au moment où les VE explosent, ce qui laisse penser que l'acheteur qui passe à l'électrique pèse peut-être le coût d'usage, et pas seulement le prix affiché.

Quant au diesel à 1 %, c'est moins un jalon qu'un effondrement. Les Echos rappellent que l'hybride reste en tête: l'histoire n'est donc pas « les VE ont tout remplacé ». C'est que le diesel, l'ancien choix par défaut, a presque disparu des concessions.

Que se passe-t-il quand le signal-prix s'estompe ?

Voici le risque. Si l'adoption est portée surtout par le prix des carburants, et peut-être par des mensualités attractives, elle est conditionnelle. Un carburant moins cher affaiblit l'argument. Des aides réduites ou des conditions de location resserrées relèveraient le ticket d'entrée. L'un ou l'autre pourrait freiner la progression plus vite que n'importe quel débat politique.

Nous ne parierions pas sur un effondrement pour autant. Celui qui a acheté un VE en octobre a déjà basculé, et ses habitudes de recharge devraient durer. Mais une part de 41 % n'est pas un plancher. C'est une mesure prise à un moment de conditions exceptionnellement favorables, et nous considérerons les prochains mois de données comme le véritable test. Cette prédiction est la nôtre, pas une prévision documentée.

Notre verdict: vendre le coût d'usage, pas la vertu

N'y voyez pas la preuve que la transition française est acquise. Voyez-y la preuve que, lorsque l'équation économique est favorable, les acheteurs bougent vite, bien plus vite que les régulateurs ne le prévoient. Pour les constructeurs, la leçon est de vendre sur le coût d'usage et la mensualité, pas sur la vertu. Pour les pouvoirs publics, elle est moins confortable: si vous voulez que cela dure, ne comptez pas sur un carburant cher pour faire votre travail. Le marché de 2027 nous dira s'il s'agissait d'une conversion ou d'une réaction.

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